A 8h45 sur le parking du Collet, Marie-Claude et Jean-François sont à pied d’œuvre et installent la table pour le café d’accueil.
Progressivement mais dans le strict respect de l’horaire prévu, les 27 participants arrivent. La table est copieuse et chaque prend des réserves pour la matinée de marche.
Jean-François et Jean-Marie embarquent vers le point pique-nique les provisions des marcheurs. Autant les soulager, pas la peine de les transformer en mulets, bien que le premier sentier emprunté s’appelle justement « le sentier des mulets ».
En fait, au Collet, le sentier des mulets permettait d’acheminer vers les Hautes Chaumes, fin XIX° siècle, les premiers touristes et victuailles.
Souvenons-nous que le chemin de fer est arrivé en gare de Remiremont en 1864, en gare de Gérardmer en 1878. Et, pour prolonger l’accès des touristes au massif, deux lignes de tramway ont été construites :
-
L’une entre Remiremont et Gérardmer par la vallée de Cleurie
-
L’autre entre Gérardmer et le Hohneck par le Saut des Cuves, Xonrupt et Retournemer, Le Collet, la Schlucht et le Hohneck.
Donc, après une montée en pente douce dans le sentier des mulets, les marcheurs atteignent la Route des Crêtes, la traversent pour emprunter le Chemin du Tramway jusqu’au Col de Falimont. Le panorama dégagé offre une belle vue sur les lacs de Retournemer et Longemer ainsi que sur les hautes pistes bressaudes de ski alpin.
Au col, tandis que quelques marcheurs prudents se dirigent directement vers le Hohneck, le plus gros de la troupe contourne le sommet par le versant alsacien pour se trouver nez-à-nez avec un beau troupeau de vaches vosgiennes qui cheminent tranquillement en sens inverse, pas perturbées pour deux sous, c’est vrai quoi, elles jouent à domicile elles !
En vue rapprochée, la station de ski du Schnepfenried, le Petit Hohneck et autres hautes chaumes, plus loin le Grand Ballon et tout au fond le massif alpin.
En contrebas, l’abrupte réserve naturelle du Frankenthal, le Lac de Schissrothried et la vallée de la Wormsa (parcourue il y a quelques années par les adhérents de l’ARCAV à l’occasion d’une marche gourmande).
C’est l’occasion de rappeler le téléphérique de la Wormsa, construit par l’armée française en 1915 pour ravitailler les sommets en complément du tramway déserté par les touristes à cause de la Première Guerre Mondiale.
Arrivé au sommet du Hohneck, les deux groupes se retrouvent pour partager le pain des amis, c’est devenu la tradition et ça réchauffe un peu car l’ambiance est fraîche et venteuse !
Impossible de fréquenter le Hohneck sans évoquer la famille Bernez, qui s’est installée là-haut en 1898 et qui en est encore propriétaire en 2026, 128 ans plus tard, excusez du peu ! Et pourtant tout aurait pu s’arrêter dès 1901, voici pourquoi – extrait des archives
Le drame du Hohneck s'est produit le 10 décembre 1901 au sommet du Hohneck (1 366 m d’altitude, Vosges).
Contexte et déroulement
-
Famille Bernez : Philippe Bernez, sa femme Théodora et leurs quatre filles vivaient dans une cabane en bois au sommet du Hohneck.
-
Tempête de neige : Depuis plusieurs jours, une violente tempête de neige frappait la région, avec des températures atteignant -20°C et des vents extrêmes.
-
Foudre : Vers 10 heures, la foudre frappe la cabane. Philippe, légèrement brûlé, se relève et découvre sa femme inconsciente et trois de ses filles gravement brûlées. La quatrième fille est moins touchée.
Sauvetage héroïque
-
Philippe Bernez :
-
Malgré ses blessures, il quitte la cabane pour chercher de l’aide, traversant 3 km dans la neige (parfois 1,5 m d’épaisseur) en 6 heures pour rejoindre l’Hôtel Defranoux à la Schlucht.
-
Il alerte les autorités, qui préparent une opération de secours.
-
-
Interventions coordonnées :
-
152ᵉ régiment d’infanterie (Gérardmer) : 25 soldats et un médecin, menés par le sous-lieutenant Joseph-Marie Plumet, partent en secours. Ils atteignent la Schlucht dans la nuit mais ne peuvent pas rejoindre le Hohneck en raison de la tempête.
-
Trio de La Bresse : Les gendarmes Rochatte et Lepage, ainsi que le garde-champêtre Julien Claudel, tentent également l’ascension, mais épuisés et blessés, ils rebroussent chemin vers la Schlucht.
-
Garde forestier Jean Belloni Parmentier :
-
Prévenu à 14h, il rassemble 7 bûcherons (Jean-Baptiste et Honoré Guery, Jules Martin, Jules Bernard, Félix Parisse, Joseph Georgel, Eugène Cuny).
-
Ils partent à 15h30 avec une schlitte, des haches et des cordages, affrontant 4 km de montée avec 600 m de dénivelé dans la tempête.
-
Après 3 heures d’efforts, ils atteignent la cabane vers 18h30 et prodiguent les premiers soins aux victimes (feu, cordial, pansements).
-
-
-
Évacuation :
-
Au lever du jour, 4 bûcherons descendent à la Schlucht pour informer Philippe que sa famille est vivante.
-
Les militaires du 152ᵉ régiment, menés par Plumet, atteignent enfin la cabane vers 10h45 le 11 décembre.
-
Les victimes sont évacuées en schlitte et portées par les soldats jusqu’à Gérardmer, où elles arrivent en soirée.
-
Bilan et reconnaissance
-
Sauvetage réussi : Théodora et ses trois filles survivent grâce à l’intervention des bûcherons, de Parmentier et des militaires.
-
Récompenses :
-
L’État et le ministère de l’Intérieur décernent des médailles pour actes de courage et de dévouement à tous les sauveteurs.
-
Jean Belloni Parmentier est notamment cité pour son rôle clé (il recevra plus tard d’autres distinctions pour d’autres actes de bravoure).
-
Contexte historique
-
Conditions extrêmes : Tempête de neige, froid polaire, visibilité nulle, et absence de matériel moderne.
-
Solidarité : L’opération illustre la résilience et la coordination entre civils, forestiers et militaires à l’époque.
En plus du vent, la narration de ce drame fait froid dans le dos, il est temps de redescendre vers les Trois Fours en longeant le versant alsacien, un peu vertigineux, avant d’entrer dans une hêtraie bien fournie et toute biscornue car fréquemment chahutée par les vents.
Le refuge du Club Alpin nous ouvre la salle hors sac et prépare l’apéro offert par l’ARCAV. Ambiance joyeuse pour partager le pique-nique tiré des sacs.
L’heure du retour arrive, direction la Schlucht par un sentier d’altitude ombragé qui domine le sentier des roches. Une petite halte au Col de la Schlucht, pause technique et quelques emplettes dans le beau bâtiment construit par le Conseil Départemental des Vosges, gare du tramway et les marcheurs empruntent une nouvelle portion du chemin du tramway pour retrouver le Collet.
Allez, une collation d’au-revoir, chacun (ou presque… l’étourderie est humaine) récupère son sac de pique-nique et à la prochaine fois sur les hauts… on espère un épisode neigeux car nos raquettes s’impatientent.
Merci à tous pour cette journée pleine de bonne humeur.
G et J M Clavier
/image%2F0673249%2F20260523%2Fob_8d3823_dsc9694.jpg)
/image%2F0673249%2F20260509%2Fob_c7151f_img-0028.jpg)
/image%2F0673249%2F20260509%2Fob_97e4b8_dsc8615.jpg)
/image%2F0673249%2F20260324%2Fob_d7fc6b_arcav-transfer-petit-format1.jpg)
/image%2F0673249%2F20260221%2Fob_ae4fe9_image-2026-02-21-105920103.png)